La Surenchère, Jean Giraudoux, Extrait
- Julien Bonnaire
- 10 mai 2024
- 2 min de lecture

Ce n’est pas sans raison que Charles Eggins, de Hartford, décida de se tuer. Il voyait disparaître en quelques jours les trois seuls biens auxquels il attachât quelque importance. Il perdait d’abord sa fortune, dans un krach, jusqu’au dernier cent. Il se voyait ensuite déposséder du championnat du monde au pistolet par un Australien. Enfin Gladys, sa fiancée, lui rendait sa parole et lui réclamait ses lettres.
S’il n’y a qu’une façon de venir au monde, il y en a mille d’en sortir, et choisir entre elle est chose délicate. Se tuer d’un coup de revolver eût été, après la défaite du stand, d’un goût douteux ; s’électrocuter était d’un parvenu… Charlie prit donc le parti de se noyer, et comme il nageait honorablement, pour éviter toute manifestation importune de l’instinct vital, il décida de se jeter dans le Niagara. Comme la Tour Eiffel en France, c’est une institution nationale, qui garantit la bonne exécution des suicides, et eût-on oublié la clause la plus intéressante de son testament, il n’est pas davantage possible de s’arrêter entre la deuxième et la troisième cataracte qu’entre le deuxième et le troisième étage du monument parisien.
Proposition de traduction :
Nicht ohne Grund beschloss Charles Eggins aus Hartford, sich selbst zu töten. Er sah in wenigen Tagen die drei einzigen Besitztümer, auf die er Wert legte, verschwinden. Zuerst verlor er bei einem Börsenkrach sein Vermögen bis zum letzten Cent. Danach wurde ihm die Pistolenweltmeisterschaft von einem Australier abgenommen. Schließlich gab Gladys, seine Verlobte, ihm sein Wort zurück und forderte seine Briefe ein.
Wenn es nur einen Weg gibt, auf die Welt zu kommen, gibt es tausend Wege, sie zu verlassen – und zwischen ihnen zu wählen, ist eine heikle Sache. Sich mit einem Revolverschuß zu töten, wäre nach der Niederlage am Schießstand zweifelhaft gewesen; sich mit einem Stromschlag zu töten, stand für einen Parvenü. Charlie beschloss daher, sich zu ertränken. Da er ein guter Schwimmer war, beschloss er, sich in den Niagara zu stürzen, um jede unwillkommene Manifestation des Lebenstriebes zu vermeiden. Wie die Eiffelturm in Frankreich ist er [der Niagara] eine nationale Einrichtung, die die erfolgreiche Durchführung von Selbstmorden sicherstellt, und hätte man die interessanteste Klausel seines Testaments vergessen, ist es nicht mehr möglich, zwischen dem zweiten und dritten Wasserfall zu stoppen, als zwischen dem Zweiten und dritten Stockwerk des Pariser Monuments.
Quelques explications choix de traduction
§1 lignes 3-4
Il se voyait ensuite déposséder du championnat du monde au pistolet par un Australien.
=> Danach wurde ihm die Pistolenweltmeisterschaft von einem Australier abgenommen.
Explication : Dans ce contexte, « déposséder » ici signifie que le personnage a perdu son titre ou sa place dans le concours, c’est-à-dire que quelqu’un lui a ôté la première place, d’où le choix de l’utilisation « jemandem etwas abnehmen » = ôter qc. à qn.
§1 lignes 4 – 5
Enfin Gladys, sa fiancée, lui rendait sa parole et lui réclamait ses lettres.
=> Schließlich gab Gladys, seine Verlobte, ihm sein Wort zurück und forderte seine Briefe ein.
Explication : Dans ce contexte, sa fiancée veut récupérer les lettres qu’elle lui avait envoyées, c’est pourquoi le sens de « réclamer » est ici « exiger ; réclamer son dû » = „einfordern“
§2 ligne 6
S’il n’y a qu’une façon de venir au monde, il y en a mille d’en sortir
=> Wenn es nur einen Weg gibt, auf die Welt zu kommen, gibt es tausend Wege, sie zu verlassen
Explications : 1) L’utilisation de « weg » ici permet de retransmettre l’idée du chemin que l’on prend (accouchement) pour venir au monde. 2) J’ai privilégié le verbe « verlassen » en allemand qui, en plus d’être plus idiomatique, donne l’idée de quitter ce monde et permet de garder le message qu’on quitte le monde après la mort.
§2 lignes 8 – 9
et comme il nageait honorablement
=> Da er ein guter Schwimmer war
Explication : Utilisation ici d’une transposition (verbe -> nom)
Traduction proposée par Julien B.



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